Aux GAS de la ferme Arc-en-ciel

Les petites feuilles rouges tendres des betteraves apparaissent sous les épinards. Ici et là, quelques plantules de bettes et de fenouils reviennent naturellement après l’hiver. Les jeunes choux chinois repiqués en avril grandissent aussi parmi le persil plat, la mâche, le pourpier,… qui se ressèment aisément chaque année, de plus en plus dans cette serre pour des récoltes futures… D’autres surprises encore éclosent avec le printemps: quelques salades batavias, croquantes à souhait, mais aussi l’une ou l’autre asperge, un bouquet d’estragon, un autre de mélisse,… toutes ces plantes aux riches parfums!

Que de couleurs, d’odeurs mélangées venant réveillées mes rêves de jardinier débutant (de Bruxelles à Mesnil et de Mesnil à Wellin…) où je pensais déjà à une permaculture spontanée!
Encore faut-il qu’elle soit viable, m’a fait comprendre Rudolf des années durant, en véritable père spirituel… d’une véritable agriculture naturelle!

Et elle commence à l’être donc grâce à l’union quotidienne de plusieurs énergies volontaires: Marcelle et Rudolf bien sûr depuis 20 ans, François-Xavier (mon frère de terre depuis presque 1 an…), Sébastian (nouvellement arrivé et prometteur…), Jean-Marie (le stagiaire du moment en formation du CRABE) ainsi que toutes celles et tous ceux qui passent et repassent (Marie-Laure, Sylvain, Morgane, Graziella, …et tous les autres) pour un jour ou plus, et moi-même, Serge (depuis plus de 10 ans déjà), pour transmettre ici ces idées du jardin avec les mains, de la parole à l’écriture…

Ensemble, on arrive tout doucement à réaliser ce rêve fou que nous devons tenter d’oser si nous voulons proposer des pistes pour la survie de la planète… Et un jour pouvoir répondre honnêtement aux questionnements de nos enfants! Yanosch et Laïyna, Alexandre et Maïlys, mais aussi tous les enfants qui souffriront des graves irresponsabilités des Hommes…!

Sans ma rencontre avec Natascha (il y a 13 ans), qui a choisi depuis cette année de reprendre des études pour faire aussi cet autre beau métier qui donne la vie, celui de Sage-Femme, et sans ma nouvelle famille, je n’aurais pu y arriver! Merci donc à celle qui m’accompagne au jour le jour (et à toute ma famille), dans les moments forts et dans les doutes pour la confiance qu’elle m’a donnée… Si je pouvais lui donner autant de forces et d’amour dans son nouveau choix…

J’écris donc pour donner des nouvelles de la ferme sur notre site (www.fermearcenciel.be), pas toujours régulièrement, par manque de temps… Je travaille au moins 2600 heures par an, soit 50 heures par semaine à la moyenne! Et tout le monde ici en fait autant! Où est-elle la dignité des paysans? On leur en demande toujours plus… Sous le soleil, ils doivent transpirer. Dans le froid, ils doivent continuer. Avec les changements du climat, de plus en plus fréquents, ils doivent s’adapter. Les plantes aussi sont perturbées. Ils doivent les reconnaître, les cultiver, les soigner, les protéger, les récolter, les emballer, les transporter, les expliquer,… Et quand tout le travail ne suffit pas, à cause d’une gelée imprévue, du trop ou du pas assez de soleil et de pluie, des limaces voraces et autres bestioles peu frivoles,… alors le jardinier est désespéré! Quel métier ingrat !

Que faut-il mettre dans les paniers quand des cultures sont ratées ou bien que les stocks sont épuisés? S’il y avait au moins d’autres maraîchers avec lesquels on peut collaborer. Mais attention, pas n’importe quel maraîcher! L’idéal devrait être le plus local et loyal, c’est-à-dire bien plus qu’un mode de culture biologique (même si cela n’est déjà pas si mal!). Comprenez dès lors notre proposition d’aller encore plus loin avec vous! Dès le printemps (2009), on pourrait concocter un panier vraiment de saison, avec plus de plantes sauvages comestibles et meilleures pour la santé! Entendons-nous bien, cela signifie qu’il faut donc se passer des pommes de terre, des carottes et autres légumes de conservation lorsque les réserves sont terminées et que de trop loin il faut les acheminer. Jusqu’à maintenant nous nous adressons, contraints et forcés (à cause du manque de producteurs de vraies valeurs…), à Bonneterre en France où il y a aussi plus de producteurs en bio (et ce, grâce au magasin bio de Rochefort qui nous permet de commander sans prendre de bénéfice!). Le camion du grossiste venant déjà livrer, c’est une façon d’économiser des kilomètres et donc de moins polluer. La qualité des producteurs en France est souvent aussi meilleure. Quand c’est possible, on se fournit parfois aussi chez Pro Natura (anciennement Biomarché) à contre cœur aussi mais au moins pour respecter la proximité! Priorité des choix aux producteurs belges, français, hollandais et des autres pays les plus proches. Parfois l’Italie parce qu’il n’y a plus de pommes de terre, carottes,… disponibles relativement proche! Jamais plus loin donc (d’Israël, d’Argentine, de Nouvelle Zélande,… pour des raisons d’éloignement!). Mais l’Italie, c’est déjà loin! Et le sud de la France, le nord de la Hollande et même le fin fond de la Flandre en Belgique… Mais alors que faire???

Etes-vous prêt à manger des soupes d’orties très liquides? Pour remplacer l’épaississement des soupes avec des pommes de terre, on peut utiliser des feuilles de consoude (quand c’est la saison). Pour supprimer les patates qui ont parcouru beaucoup de kilomètres, il faut donc faire encore des efforts de cuisine!!! Et oui, il y a des gens qui préfèrent suivre le slogan « Vivez comme vous voulez ». Ceci n’est pas une critique à celles et ceux qui se rendent dans ce supermarché (ou les autres d’ailleurs), mais plutôt envers ce grand magasin qui fait croire que tout est permis alors que nous savons maintenant pertinemment bien l’impact désastreux des activités humaines de nos pays industrialisés sur la planète !

Nous devons donc poser rapidement des actes de décroissance! Dans notre vie de tous les jours. Entre producteurs de vraies valeurs et consommateurs- acteurs! C’est ce que nous vous proposons de faire. Ce courrier est donc adressé à tous les participants des GAS AP et autres membres des paniers de légumes. J’aimerais bien que chacun(e) comprenne bien le sens de notre projet. C’est bien plus qu’un panier de légumes de saison! Et même si nous devons compléter à certaines périodes (principalement de la fin de l’hiver au début de l’été ou lorsque l’une ou l’autre culture est ratée, insuffisante), nous sommes les seuls (hélas!) à proposer un panier avec plus de 85 % des légumes de notre production sur toute l’année (en 2007), ne l’oublions pas !

Mais il faut savoir aussi que nous avons de plus en plus de mal à maintenir l’équilibre du prix du panier par rapport à nos coûts de production et les achats de légumes lorsque c’est nécessaire (une étude de la comptabilité est effectuée par Rudolf en ce moment dont les résultats vous seront communiqués). Les légumes achetés sont de plus en plus chers (crises pétrolière et alimentaires !?).

La question est donc : voulons-nous continuer à défendre une agriculture paysanne, tant dans la mise au point de techniques de culture naturelle que dans le travail de pionnier par notre relation producteur/consommateur (consomm’acteur !), cultivateur, mangeur… ? (Vous pouvez peut-être trouver d’autres mots pour exprimer mieux encore cette rencontre vivante… ). Il ne faut surtout pas se laisser tromper : « Aujourd’hui, la crise alimentaire générée par les spéculateurs de tous bords, crée artificiellement une famine alors que la récolte de 2007 bat tous les records (augmentation de 4,8 % par rapport à 2006). Le CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde) soupçonne, études à l’appui, qu’il s’agit en fait de promouvoir en Afrique une nouvelle « révolution verte ». Un scénario qui, s’il arrive à être imposé, verra l’imposition des OGM sur tout cet immense continent et par conséquent un niveau d’endettement sans précédent au profit des multinationales occidentales. Car derrière les promoteurs de ces projets, on retrouve clairement Monsanto, l’AGRA (la fondation Rockfeller et Bill Gates –déjà à l’origine de l’Arche de Noé verte), ces éternels fossoyeurs du bien être des peuples. » www.cadtm.org .

Et pendant ce temps là… les choux chinois grandissent de jour en jour (récolte ce mois de juin). Et à plusieurs endroits, que vois-je ? Des plantes de tomates, déjà de belle taille, issues des semis naturels des tomates tombées l’an passé ! Heureusement, la nature est belle et généreuse (pas toujours) ! Les plants de tomates plantés grandissent lentement cette année. Il faut retrouver l’équilibre entre le sauvage et le cultivé, pour arriver à une véritable permaculture. Venez la découvrir ! Avec les fraises par exemple, ou le désherbage (méditatif !)… Pour véritablement se rendre compte de la réalité du travail des paysans ! Beaucoup d’efforts souvent pour peu de résultats… C’est aussi cela l’agriculture naturelle ! Alors si vous avez l’impression que nous accueillons parfois mal certaines remarques (voir compte-rendu sur le site des GASAP sur la quantité des légumes des paniers), c’est parce que notre réalité (ou plus exactement celle de la nature) ne correspond pas forcément à la vôtre (la réalité du portefeuille de chacun et la nécessité de manger à sa faim)…, celle du cultivateur (dépendant des saisons et du bon vouloir de dame nature,impossible à changer si l’on veut respecter les rythmes naturels ) et celle du mangeur (qui peut essayer dans la mesure des possibilités de chacun de changer encore ses habitudes alimentaires…).

Il y a encore beaucoup d’apprentissages à faire si nous voulons développer mieux encore les Groupements d’Achats Solidaires à l’Agriculture Paysanne ! Tant de notre côté que du vôtre. Nous ne pouvons (et ne voulons) pas dominer la nature. Il faut l’accepter. Les réussites comme les échecs. Nous devons (ré) apprendre à vivre avec la nature au lieu de soliloquer ! Il faut peut être se rendre à l’évidence : une société qui n’est pas prête à soutenir les paysans qui la nourrissent est vouée à disparaître… (Un pays sans paysan n’est pas un pays, Paysâme de Claude Nougaro).

Peut être que l’Homme (Homo sapiens) doit encore se cultiver…, cultiver lui-même sa nourriture ! Un jour peut être aussi, nous pourrons accueillir fièrement quelques fuyards de la ville qui seront prêts à assurer avec nous leurs subsistances ! 50 mètres carrés seulement pour nourrir une personne (en légumes et pommes de terre), soit une parcelle de 5 m x 10 m ! Pour 10 511 0 00 habitants en Belgique, il faudrait donc 50 000 ha, soit 500 kilomètres carrés (seulement 1/35 environ de la surface agricole belge qui est de 17 434 kilomètres carrés).C’est donc tout à fait possible. A quand donc une réforme agraire allant dans le sens de la souveraineté alimentaire ?

Merci de votre engagement,

Serge

La saison des fraises… Si vous voulez venir récolter, merci de nous prévenir (084/38 96 67). Du lundi au samedi inclus (le dimanche est notre seul jour de détente en famille !

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