À partir de Graines de Vie, ce sont bien moins que mille pas. Enfin ce sont environ mille pas. Allez un peu plus que mille pas. On papote avec Caro Balthus, qui nous dit que des coups de mains sont bienvenus cette année, passsque d’habitude ça se presse au portillon, mais là, cette année-ci, pas grand-chose. On salue et on se met en route, et nous voici sur le terrain. Il y a trois ânes dans la prairie d’à côté, celle de gauche, avec un cheval aussi, un grand et fort cheval. C’est un mélange entre un pur-sang arabe et un cheval de trait. C’est du beau, du fort, tant qu’il n’a qu’à frotter son arrière train sur l’abri construit la semaine passée pour arracher les planches. J’entends crac et puis Léa va voir et va s’en occuper, tout comme Philippe, qui file aujourd’hui un coup de main à Léa Corroy. Lorsque nous sommes sur le terrain on se demande si la clôture est électrifiée ou pas. Pas pour l’instant, alors sans attendre on rejoint le bord du champ. Environ mille pas de côté, sur deux côtés. Sur les deux autres aussi à peu près mille pas. Et là on a notre hectare. Un hectare doucement installé entre un petit bois et un chemin, boisé lui aussi. De l’ombre ici en bas, puis le cagnard. C’est sûr, c’est le cagnard, avec le chaud mois de juin que nous avons cette année.
Les premières files, ce sont des pommes de terre. Plantées un peu tard, c’est sûr. Mais le terrain était disponible à partir de mars, ou d’avril, faudra lui redemander, je ne me souviens plus. Ensuite, en remontant, des files de radis, de fenouils, de je-sais-plus-quoi. Ensuite il y a quatorze mille sept cent soixante deux oignons, et septante trois mille deux cent trente quatre échalotes. C’est marrant de planter tout ça, hein, pas vrai Nicho, Margret, Alice, hein ? C’était juste après l’orage de midi, passé dans la camionnette blanche à casser la croûte, et c’était juste avant que je ne me prenne un joli coup de soleil sur le dos. Là je termine de peler : c’est bon le travail au grand air, ça nous rappelle des principes de bases.
Ensuite nous avons des carottes, un sacré paquet aussi, et pas trop besoin de désherber, c’est marrant. Léa aime bien faire les carottes, elles sont de plein de couleurs, là on ne voit pas encore trop, c’est plutôt le sol qu’on voit. En remontant toujours on trouve le tunnel avec des petits pois, à qui il faudra bientôt mettre un treillis, ou alors leur apprendre à se tenir bien droit à table, mais ça risque de prendre du temps. On a mis un panneau « les cours pour se tenir bien droit, inscriptions à partir du 14 juillet », mais on ne veut pas croire à un succès dès la première année. Et nous avons des doutes sur la permanence au champ des potentiels élèves. Enfin bref. Ensuite nous avons des courges qui étendent leurs bras sur la bâche tissée noire, sur deux lignes. Philippe a été leur donner l’engrais, un truc qui pue le caca quand même. Ensuite nous avons des chardons, là-bas à droite et à gauche. Nous avons passé une belle journée, la plus longue de l’année, avec Virginie, JiBé et Fanzy et le plus jeune bineur de l’histoire des GASAP, à faire sa fête à ste chardon. Sur le retour en vélo vers Leuven, pendant 30 minutes sur une piste cyclable agréablement flamande, dans un podcast de « Terre à Terre » un franskillon racontait que le chardon va chercher en profondeur le phosphore, le métabolise et ensuite le rend disponible dans ses tissus. Donc tout n’est pas à jeter dans le chardon. Les romains en faisaient un plat de fin gourmet. Je marche sur des œufs en écrivant ça, mais j’ai lu ça dans je ne sais plus quelle revue du bio.
Ensuite, après cinq cent pas, sur le haut du champ, nous avons encore des files de choux, de brocolis, de carciofi, mais un taon qui me tournait et voulait absolument me piquer m’a empêché d’aller voir que les brocolis sont tout petit cette année. Saloperie de taon : le cheval et les ânes sans doute. J’en ai buté trois, et je faisais épouvantail en même temps. C’est très déterminé cette bestiole. Je parle de moi pour les buter…
Ah, j’oubliais, les milles pas, tout ça : à côté des haricots Léa a planté son maïs, et après les courges. Les haricots vont s’appuyer au maïs. Le haricot fixe l’azote pour le maïs, et la courge donne l’ombre à tout le monde. Du coup en mille pas à peine on était devant le milpa. Mais oui le milpa, vous savez, la culture complémentaire appelée des Trois Sœurs, le maïs, les haricots et les courges. From Amérique Centrale. À voir aussi sur le champ des Cailles, à Boitsfort, et sans doute chez plusieurs de nos maraîchers. On pense toujours qu’il faut aller très loin pour trouver mieux. Mais en mille pas à peine, à partir d’une graine de vie, on arrive à de superbes réalisations. À bon entendeur…
(merci Caro pour les outils !)


