05 mai 2026, par Timothée Collin – coordinateur
On va vous parler d’argent. Et de justice. Et d’un truc qui commence à bien faire.
Imaginez la scène. Vous êtes maraîcher·ère. Vous vous levez aux aurores, vous bossez sans pesticides, vous préservez vos sols, vous nourrissez vos voisin·e·s. Vous faites le job, le vrai, celui qui est bon pour la planète. Et là, patatras ! Vous recevez un courrier d’un cabinet d’avocats. On vous somme de payer. Pourquoi ? Pour financer la « promotion du BIO ».
Sauf que voilà : cette pub, vous ne l’avez pas demandée. Elle est souvent molle, sans ambition, et ne dit même pas clairement pourquoi le bio vaut mieux que le conventionnel. Pire : vous devez la payer alors que la grande distribution, qui fait des marges de fou sur vos légumes, est souvent exemptée. C’est un peu comme si on vous obligeait à payer une affiche publicitaire pour vanter les mérites de votre travail, alors que votre voisin conventionnel ne paie rien, et que le supermarché qui revend vos produits au prix fort ne débourse pas un centime.
Le contexte : la goutte d’eau
Début mai 2026, ça a chauffé. Un nouveau courrier de pression est parti. Cette fois, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le Réseau des GASAP, avec la FUGEA, ConsomAction et le Collectif 5C, dit STOP. On ne lâchera rien.
Pourquoi on s’énerve ? Parce que ce système est tordu de A à Z.
D’abord, c’est illogique. Si on veut vraiment développer le bio pour réduire les pesticides (ce que tout le monde dit vouloir), c’est à la société entière de payer la promotion, via l’impôt. Pas aux seuls acteurs qui sont déjà engagés dans la démarche. C’est comme demander aux cyclistes de payer la pub pour inciter les gens à laisser leur voiture au garage.
Ensuite, c’est une usine à gaz injuste. Pour un seul morceau de bœuf bio, tout le monde doit payer : l’éleveur, la coopérative, l’abattoir, le transformateur, le boucher. On multiplie les coûts sur une filière qui essaie juste de survivre. Pendant ce temps, les gros volumes de la grande distribution passent souvent entre les mailles du filet.
Enfin, on refuse de financer du vent. Les messages de promo décidés par l’Apaq-W manquent cruellement de peps. Ils n’osent pas dire les vraies vérités sur l’agriculture conventionnelle. Pourquoi devrions-nous payer pour des messages qui ne défendent pas vraiment nos valeurs ?
Notre position : ferme et solidaire
Depuis 2022, on tire la sonnette d’alarme. Pétitions, communiqués, mobilisations… Jusqu’ici, le Gouvernement wallon a fait la sourde oreille. Mais la pression monte. Nos producteurs et transformateurs sont à bout. Recevoir des menaces de poursuites parce qu’on refuse de payer une taxe déguisée, c’est invivable.
Aujourd’hui, notre demande est claire, nette et précise :
- Abandonnez cette cotisation complémentaire. C’est injuste et contre-productif.
- Arrêtez les poursuites contre ceux qui ont refusé de payer jusqu’ici.
Si la Ministre de l’Agriculture Wallonne veut vraiment encourager la transition écologique et la réduction des pesticides, elle doit soutenir ceux qui la font, pas les taxer pour financer une pub qu’ils ne veulent pas.
Et vous dans tout ça ?
Vous vous demandez peut-être pourquoi on vous raconte ça dans une newsletter sur vos paniers de légumes. Parce que c’est VOTRE argent et VOTRE alimentation qui sont en jeu. Quand on taxe injustement vos producteurs, c’est la viabilité de leur ferme qui est menacée. Et si vos producteurs ne tiennent pas, il n’y a plus de paniers GASAP.
La solidarité, ce n’est pas juste partager les risques de la récolte. C’est aussi se serrer les coudes quand l’administration tente de vous enfumer.
On reste mobilisé·e·s. On veille au grain. Et on vous tiendra au courant de la suite, car ce dossier est loin d’être clos. En attendant, n’hésitez pas à en parler à votre producteur·rice lors de la prochaine livraison. Demandez-lui comment il ou elle vit cette pression. Le dialogue, c’est aussi ça, un GASAP.
Pour aller plus loin :
- lire le communiqué de presse complet et la position détaillée des 4 organisations, ci-dessous ou à télécharger ici.
- si vous habitez ou produisez en Wallonie, envoyer une lettre à la Ministre Wallonne de l’Agriculture, voir la lettre type ici.



